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Les harkis: une histoire nationale qui a aussi marqué Doullens

Chaque année, le 25 septembre est consacré à la Journée nationale d'hommage aux harkis, aux moghaznis et aux autres membres des formations supplétives engagés aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'Algérie.

Une commémoration que beaucoup connaissent de nom sans toujours savoir ce qu'elle recouvre réellement.

Je dois d'ailleurs reconnaître que c'était aussi mon cas. Comme beaucoup de Français, j'avais entendu parler des harkis sans réellement connaître leur histoire, celle des hommes, des femmes et des enfants qui se cachent derrière ce mot.

À l'occasion de cette journée d'hommage, j'ai eu envie d'en apprendre davantage. Et j'ai découvert une page de notre histoire nationale complexe, douloureuse et profondément humaine.


Une histoire qui concerne la France tout entière, mais qui possède également un écho particulier ici, à Doullens. Car après la guerre d'Algérie, notre ville a accueilli plusieurs centaines de harkis et de membres de leurs familles au sein de la citadelle.

Une raison supplémentaire de prendre le temps de mieux comprendre cette mémoire, longtemps restée dans l'ombre.

Derrière un mot, des milliers de destins

Le mot "harki" est connu de beaucoup de Français.
Pourtant, il résume à lui seul des milliers de parcours différents.

Pendant la guerre d'Algérie, des Algériens musulmans se sont engagés aux côtés de l'armée française. Les raisons étaient multiples, souvent personnelles, parfois contradictoires, toujours liées à un contexte de guerre particulièrement complexe.

Puis est venu le temps de l'indépendance de l'Algérie en 1962. Pour de nombreuses familles, ce fut le début d'un nouvel exil. Certaines sont restées sur leur terre natale et ont subi des représailles.
D'autres ont rejoint la France, souvent dans l'urgence, laissant derrière elles une maison, un village, des proches, une vie entière.

Quand on évoque l'histoire des harkis, on parle souvent de politique, de guerre ou de responsabilités. Mais derrière les grands mots, il y avait surtout des hommes, des femmes et des enfants. Des familles qui cherchaient simplement un endroit où reconstruire leur vie.

Une histoire française

Ce qui m'a le plus marquée en découvrant cette page de notre histoire, c'est qu'elle ne concerne pas uniquement ceux qui l'ont vécue.
Elle nous concerne tous.
Parce qu'elle interroge notre rapport à l'accueil, à la solidarité, à la mémoire et à la manière dont une nation accompagne celles et ceux qui se retrouvent déracinés.

L'histoire des harkis n'est pas une histoire périphérique. Elle fait partie de l'histoire de France.
Elle s'inscrit dans les mémoires familiales de milliers de personnes qui vivent aujourd'hui partout sur le territoire.
Elle continue d'habiter des enfants, des petits-enfants et désormais des arrière-petits-enfants qui portent encore cette mémoire.
Comprendre cette histoire, ce n'est pas prendre parti. C'est simplement accepter de regarder en face une réalité humaine qui a marqué plusieurs générations. 

Une blessure longtemps ignorée

Un autre aspect de cette histoire m'a profondément interpellée. J'imaginais que les familles qui avaient rejoint la France après la guerre y avaient trouvé un refuge et la reconnaissance de leur engagement. J'ai découvert une réalité bien plus complexe.

Si certaines personnes ont fait preuve de solidarité et d'humanité, beaucoup de familles harkies ont dû faire face à des conditions d'accueil extrêmement difficiles. Nombre d'entre elles ont été installées dans des camps de transit, des hameaux de forestage ou des structures provisoires où les conditions de vie étaient souvent précaires et l'intégration compliquée.


Je dois avouer ressentir une forme d'incompréhension face à cette partie de notre histoire. Comment des hommes qui avaient servi aux côtés de la France, ainsi que leurs familles, ont-ils pu se retrouver dans de telles situations?

Cette question continue d'ailleurs d'habiter les mémoires et les débats historiques.
Pendant longtemps, cette souffrance est restée peu visible dans le récit national. Il a fallu des décennies pour que la parole des familles soit davantage entendue et que les responsabilités de l'État soient progressivement reconnues.

En 2022, la France a officiellement reconnu sa responsabilité dans l'abandon des harkis et dans certaines conditions d'accueil et de vie qui leur ont été imposées après leur arrivée sur le territoire.
Cette reconnaissance tardive ne change pas le passé. Mais elle rappelle combien il est important de regarder l'histoire dans toute sa complexité, y compris lorsque certaines pages nous mettent mal à l'aise. Car le devoir de mémoire ne consiste pas seulement à célébrer les moments dont nous sommes fiers. Il consiste aussi à reconnaître les blessures, les erreurs et les souffrances qui ont marqué notre histoire collective.

Quand la grande histoire rencontre Doullens

Et puis, au fil de mes lectures, j'ai découvert (ou redécouvert) quelque chose qui m'a particulièrement touchée. Cette histoire nationale est aussi passée par Doullens.

À l'été 1962, des familles de harkis arrivées dans la Somme ont été accueillies dans notre ville.
La citadelle de Doullens, alors désaffectée, a servi de lieu d'hébergement pour plusieurs centaines de personnes.


Aujourd'hui, lorsque nous évoquons la citadelle, nous parlons souvent de son patrimoine exceptionnel, de son architecture, de son passé militaire ou carcéral. Mais ses murs ont aussi vu arriver des familles qui venaient de tout quitter.
Des parents inquiets pour l'avenir.
Des enfants découvrant un pays nouveau.
Des personnes qui devaient réinventer leur quotidien loin de leur terre d'origine.

Je trouve qu'il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette idée. Parce qu'à travers cette histoire, la mémoire nationale prend soudain un visage plus proche. Elle cesse d'être un chapitre dans un livre. Elle devient un morceau de l'histoire de notre ville.

Les lieux gardent parfois des souvenirs invisibles

J'aime beaucoup les histoires de patrimoine.
J'aime les vieilles pierres, les bâtiments anciens, les traces laissées par le temps. Mais ce que cette histoire me rappelle surtout, c'est qu'un lieu n'est jamais seulement un lieu.
Derrière chaque mur se cachent des vies. Des joies. Des peines. Des départs. Des arrivées. Des espoirs.


Lorsque nous nous promenons aujourd'hui dans ou autour de la citadelle, rien ne révèle immédiatement que des familles y ont vécu après la guerre d'Algérie.
Pourtant, cette mémoire existe.
Elle fait partie du lieu autant que les remparts, les portes ou les bâtiments historiques. Et je trouve beau que des historiens, des associations et des témoins travaillent aujourd'hui à la faire connaître.


Pourquoi continuer à raconter cette histoire?


Parce que le temps passe. Parce que les témoins disparaissent peu à peu. Parce que les générations qui arrivent connaissent parfois mal ces événements. Mais aussi parce que la mémoire n'est pas faite pour enfermer le passé.

Elle sert à mieux comprendre les femmes et les hommes qui nous ont précédés. Elle nous rappelle que derrière les grandes décisions politiques se trouvent toujours des vies humaines. Des familles. Des enfants. Des destins.

Et peut-être que le rôle des commémorations est simplement de nous inviter à regarder au-delà des dates inscrites sur un calendrier. À prendre le temps d'écouter les histoires qui ont façonné notre pays.


La Journée nationale d'hommage aux harkis nous rappelle qu'au-delà des événements militaires et politiques, l'Histoire est avant tout faite de parcours humains. Des familles ont quitté leur terre natale dans l'espoir de reconstruire leur vie en France. Certaines ont trouvé refuge dans notre région et, pendant plusieurs années, la citadelle de Doullens est devenue leur lieu de vie.

Aujourd'hui encore, cette histoire fait partie de notre patrimoine local autant que de notre mémoire nationale. La connaître, c'est mieux comprendre notre passé collectif. C'est aussi se rappeler que derrière les mots, les dates et les commémorations se trouvent toujours des hommes, des femmes et des enfants dont les parcours ont contribué à écrire l'histoire de notre pays.

Et peut-être que le plus bel hommage que nous puissions leur rendre est simplement de continuer à transmettre cette mémoire aux générations qui nous suivent.

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