Il y a des débuts d'année qui s'ouvrent doucement, presque timidement, et d'autres qui commencent par une évidence.
Ce samedi matin, en franchissant les portes de la chapelle Louvencourt du musée Lombart, j'ai compris que cette première exposition de l'année allait laisser une trace. Une de celles qui ne se racontent pas seulement avec des mots, mais avec des sensations, des couleurs et des silences.
L'exposition de Danielle Borla-Hurel fut une très belle surprise, un moment suspendu, hors du tumulte du quotidien, où l'on se laisse simplement porter.
Être happée par le bleu
Dès l'entrée dans la chapelle, le regard est immédiatement capturé. Des bleus. Des bleus doux, tendres, éclatants parfois, plus sombres aussi. Des bleus qui enveloppent, rassurent, interrogent. Impossible de ne pas y reconnaître la mer, son mouvement perpétuel, sa respiration. Sur quelques tableaux les bleus s'effacent au profit de rouges ou de jaunes mais toujours la mer se devine.
De loin, les tableaux offrent une première lecture, presque évidente. Mais en s'approchant, tout change. La matière se révèle. Les textures apparaissent. Le regard plonge dans les reliefs, les aspérités, les couches superposées. La mer n'est plus seulement représentée: elle vit, elle bouge, elle gronde parfois, laissant deviner remous et embruns.
La rencontre derrière les œuvres
Un vernissage, ce n'est pas seulement des tableaux accrochés aux murs. C'est aussi, et surtout, une rencontre. Celle de Danielle Borla-Hurel m'a profondément touchée.
Petite dame de l'âge de ma mère, elle dégage une immense sympathie, une douceur presque émouvante. Son regard pétille lorsqu'elle échange avec les visiteurs, comme si elle découvrait ses propres œuvres à travers les mots des autres. Elle écoute, s'étonne, sourit, parfois émue d'entendre qu'on la qualifie d'artiste alors qu'elle se définit simplement comme une artisane. Et pourtant, tout dans son travail respire l'art.
Le tableau qui murmure plus qu'il ne montre
Lorsque je lui demande quel est son tableau préféré, elle m'emmène vers celui qui, étrangement, se détache du reste de l'exposition. Ici, les bleus marins ont presque disparus. Le bleu devient sombre, profond, presque noir, contrastant avec un jaune orangé intense. La mer ne se livre pas immédiatement. Elle se devine. Elle attend que le regard insiste, qu'il prenne le temps.
Les textures sont toujours là, mais comme avalées par l'obscurité. La lumière semble tomber sur l'eau, doucement, inexorablement. J'y ai ressenti quelque chose de plus feutré, de plus mélancolique aussi. Une douceur sombre, intime. Bien sûr, ce n'est que mon ressenti, mais n'est-ce pas aussi cela, l'art: ce que l'on y projette, ce que l'on y reconnaît?
Entre réel et imaginaire
L'art de Danielle Borla-Hurel est contemporain, mais profondément ancré dans le réel. Elle travaille l'acrylique et la matière, utilisant ce qu'elle a sous la main: sable, plâtre, carton… Ce travail de textures, si présent, m'a particulièrement séduite. Il donne une profondeur presque tactile aux œuvres, une envie irrépressible de s'en approcher, de les explorer du regard.
On navigue constamment entre réalité et imaginaire. On reconnaît la mer, sans qu'elle ne soit jamais figée. Elle devient émotion, souvenir, sensation.
Cette exposition est une invitation à ralentir, à regarder autrement, à ressentir. Une parenthèse poétique et sensible, portée par une artiste humble et profondément touchante.
L'exposition de Danielle Borla-Hurel est à découvrir jusqu'au 27 février 2026 à la chapelle Louvencourt du musée Lombart de Doullens.
Retrouvez les photos du vernissage sur ma page Facebook.
Et vous, aimez-vous ces œuvres qui ne se livrent pas immédiatement, celles qui demandent du temps et un peu de soi pour être pleinement ressenties?
(Cet article s'inscrit dans le cadre d'un partenariat bénévole avec la ville de Doullens pour la valorisation du patrimoine, de la culture et de la vie locale)
Commentaires
Enregistrer un commentaire
Laissez moi un petit mot!!!