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14 ans de lui, 14 ans de moi

Aujourd'hui, Loustic fête ses 14 ans. Quatorze années déjà, et pourtant j'ai parfois l'impression que le temps s'est étiré, qu'il a pris des chemins de traverse, comme lui.

Loustic est un enfant atypique. Un enfant décalé, souvent encore très enfant dans sa tête, là où d'autres semblent déjà pressés de grandir. Et puis, face à son ordinateur, il devient quelqu'un d'autre. Concentré, passionné, presque ailleurs. Les lignes de code défilent sous ses yeux, totalement incompréhensibles pour moi, mais elles semblent lui parler, le rassurer, l'absorber.

Là où je ne vois que des symboles, il voit un langage. Son langage. Il est souvent indifférent à ce qui l'entoure, comme enfermé dans son monde intérieur. Un monde que j'ai parfois du mal à atteindre. Je l'observe, je tente de comprendre, je tâtonne. Il m'arrive de me sentir démunie, en retard, à côté. Mais jamais absente. Jamais indifférente.

Aimer un enfant atypique, c'est apprendre à aimer autrement. C'est accepter de ne pas toujours comprendre. C'est accepter de ne pas entrer dans les cases, ni pour lui, ni pour soi.

Je ne suis pas la représentation parfaite de l'instinct maternel. Je ne l'ai jamais été. La mère que je suis aujourd'hui n'existait pas avant Loustic. Elle est née avec lui. Peut-être même après lui. Cet enfant que je n'acceptais pas encore en moi, il a dû s'imposer. Se révéler. Me bousculer. Me transformer. Il m'a appris que devenir mère n'était pas un automatisme, mais un chemin. Un apprentissage lent, parfois douloureux, souvent bouleversant.

Et je ne regrette rien. Ce n'est pas facile tous les jours. Vivre avec un enfant atypique n'est pas un long fleuve tranquille. Il y a les incompréhensions, les regards, les jugements. Il y a le rejet, parfois silencieux, parfois brutal. Il y a la fatigue de devoir expliquer, justifier, protéger.

Mais il y a surtout les bons moments. Des moments partagés, parfois décalés, parfois incompris par les autres. Des instants uniques, précieux, qui n'appartiennent qu'à nous. Des sourires discrets, des passions débordantes, des silences pleins de sens.

Aujourd'hui, je ne fête pas seulement ses 14 ans. Je fête 14 ans de lui. 14 ans de sa différence. 14 ans d'une nouvelle vie. 14 ans de ma naissance de mère.

Et malgré les doutes, malgré les tempêtes, malgré les jours plus lourds, une chose ne changera jamais: mon amour pour lui est inconditionnel. Simplement, profondément, éternellement maternel.

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